Reconnexion au corps et performance durable : repenser le travail autrement avec Adèle Galey
Et si prendre soin de soi consistait à (ré)apprendre à écouter son corps ?
Dans le monde du travail, tout s’accélère : objectifs, transformations, injonctions à la performance.
Les organisations parlent aujourd’hui de santé mentale, de prévention des risques psychosociaux, d’engagement durable.
Pourtant, un levier essentiel reste encore largement sous-exploré : la relation que chacun entretient avec son propre corps.
Car derrière la fatigue chronique, la surcharge mentale ou la perte de créativité se cache souvent une réalité simple : nous avons progressivement appris à travailler “contre” notre corps plutôt qu’avec lui.
Le corps est souvent mis entre parenthèses, réduit à un support qui doit suivre le rythme, alors qu’il est en réalité un formidable indicateur d’équilibre, d’énergie et de mouvement.
Se reconnecter à son corps, c’est apprendre à écouter ses signaux, à retrouver de l’espace pour respirer, ressentir, créer.
C’est aussi réhabiliter une intelligence souvent oubliée : celle qui permet d’être à l’écoute de ses émotions, de clarifier ses décisions et de redonner de l’élan à l’action. De plus en plus d’organisations commencent à comprendre que prendre soin de soi devient un enjeu profondément collectif.
C’est précisément le terrain exploré par Adèle Galey, qui accompagne des entreprises et particuliers à travers des approches corporelles pour réhabiliter le corps comme un allié dans le travail et dans la vie.
À travers ses interventions en entreprise, elle invite chacun·e à se remettre en mouvement, à reconnecter créativité, présence et engagement.
Nous avons souhaité échanger avec elle sur ce sujet encore émergent dans les organisations : la reconnexion au corps comme levier de santé mentale, de créativité et de transformation collective.
Bonjour Adèle, ravie que tu te prêtes (de nouveau 😉) à l’exercice de l’itv ! Peux tu, dans un premier temps, te présenter ? (parcours, carrière, situation actuelle …) et notamment nous raconter ce qui t’a amenée à travailler aujourd’hui sur la dimension du corps dans le monde professionnel ?
Après un parcours classique en école de commerce (ESSEC) où j’ai découvert l’entrepreneuriat social, j’ai cofondé l’association Ticket for Change il y a plus de 10 ans. Pendant une décennie, j’ai accompagné chacun(e) à mettre ses talents au service d’enjeux de société.
Ressentant ensuite le besoin d’intégrer une dimension plus artistique et corporelle à ma vie, je me suis formée au Life Art Process aux États-Unis, puis en France. Cette formation m’a totalement transformée, personnellement et professionnellement.
J’ai d’abord impulsé cette approche au sein même de Ticket for Change, en intégrant le corporel dans nos programmes d’accompagnement, notamment avec nos entrepreneurs sociaux, et c’était passionnant !
Puis, j’ai quitté mes fonctions à temps plein pour développer cette dimension dans d’autres espaces professionnels, aidant chacun(e) à se reconnecter à son corps comme compagnon de route dans son travail.
Quelle est ta formation et peux-tu nous en dire plus sur ton métier de praticienne somatique ?
Je me suis formée au Life Art Process au Tamalpa Institute de Californie, une pratique créée par Anna Halprin et sa fille, qui allie pratiques artistiques et dimension thérapeutique. Cette approche repose sur la conviction que le corps garde la mémoire de nos expériences et que son écoute est bénéfique tant personnellement que professionnellement.
Elle a bouleversé ma perception corporelle et ma manière d’être au monde. En tant que praticienne somatique, mon métier consiste à accompagner des collectifs, notamment en entreprise, pour les aider à se reconnecter à leur corps comme source de puissance créative, d’intuition et de décisions concrètes. Je suis convaincue que la connexion au corps peut être un atout business, et je suis prête à le démontrer 🙂
Dans l’entreprise, tout passe encore beaucoup par l’intellect : analyser, décider, optimiser… Pourquoi, selon toi, avons-nous progressivement mis le corps à distance du travail ?
C’est malheureusement un héritage culturel très ancré, très fort et très vieux, qui a vu son apogée avec le dualisme de Descarte, qui hiérarchise l’esprit comme noble et supérieur au corporel, relégué à ce qui est intime (donc féminin) et animal en nous. Le seul travail valorisé devient alors intellectuel, analytique et décisionnel, associé à une énergie masculine, tandis que le corps est perçu comme un simple support, voire maltraité.
Et puis on a un peu 2 grands types de rapport au corps dans le monde du travail nécessitent presque de tenir le corps à distance :
- les métiers avec de la pénibilité physique (soin, manuels etc.) : qui écrasent et épuisent le corps
- les métiers du tertiaires qui imposent des postures sédentaires prolongées
Pour éviter cette douleur quotidienne d’un corps contraint ou ignoré, la stratégie qui consiste à le mettre à distance est finalement bien compréhensible !
Tu parles de “reconnexion au corps”. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie dans un contexte professionnel ?
Pour moi se reconnecter à son corps dans un contexte pro c’est le considérer comme un compagnon de route aussi indispensable que le cerveau.
Cette intelligence sensible doit être reconnue dans notre pratique professionnelle car elle peut nous aider à prendre de meilleures décisions, à mieux ressentir notre intuition, ou à trouver des chemins de créativité insoupçonnés. Par exemple, pour définir la raison d’être d’une entreprise, passer par le mouvement permet de dépasser les schémas mentaux classiques pour se connecter à ce qui nous anime profondément (« aux tripes »).
Se reconnecter au corps, c’est aussi un moyen de prévenir le burn-out, car le corps manifeste souvent les premiers signes d’épuisement. C’est une façon de prendre soin de soi durablement dans un monde professionnel qui pousse à la performance et à la rapidité.
Tu proposes des accompagnements pour les entreprises. Peux-tu nous expliquer ce que tu mets concrètement en place avec les équipes ? Formats, programmes, pratiques corporelles, exploration créative, travail collectif …
Mon approche consiste à réintégrer l’intelligence corporelle au cœur des organisations à travers trois axes complémentaires :
1/ D’une part, j’interviens en binôme sur des parcours de transformation globale (vision, raison d’être, durabilité) pour aider les entreprises à ne pas seulement penser leur mutation, mais à l’incarner physiquement.
2/ D’autre part, je réponds à des problématiques RH et de cohésion via du team building ou des conférences en mouvement ; j’y mêle apports en neurosciences (système nerveux) et mise en pratique immédiate pour rendre la conférence réellement « habitée ».
3/ Enfin, je propose un travail spécifique sur la posture et la prise de parole, où l’on dépasse la simple maîtrise des mots pour viser une véritable présence physique et vocale.
Quels effets observes-tu chez les collaborateurs/trices et les collectifs qui vivent ces expériences ?
Ce qui me passionne, c’est de m’adresser à celles et ceux qui n’ont pas l’habitude des pratiques corporelles (au-delà du sport hebdomadaire).
L’effet majeur que j’observe est une double prise de conscience : elle est d’abord intellectuelle, grâce aux apports des neurosciences qui valident l’importance du corps pour la performance, mais elle est surtout incarnée. Mes participants disent souvent que j’ai « allumé un bouton » qu’ils ne peuvent plus éteindre et ça j’adore ! 😀 Ils découvrent que leur corps est une intelligence au service de leur travail, et non une entité séparée.
Sur le plan du collectif, ces expériences créent une connexion profonde et quasi énergétique qui dépasse les échanges verbaux classiques, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance et la proximité au sein des équipes : on peut réellement “faire corps” avec ses équipes, et c’est magique !
Enfin, ce travail transforme la confiance en soi : en ajustant leur posture physique, les collaborateurs réalisent que leur corps est leur premier canal de communication. Cela devient une vraie démarche de bien-être, mais aussi une véritable stratégie d’écologie personnelle.
Certaines entreprises peuvent percevoir ces approches comme “atypiques”. Comment réussis-tu à embarquer les organisations dans cette exploration corporelle ?
Alors, c’est une excellente question car, en effet, ce sont des pratiques qui peuvent être perçues comme atypiques, voire, pour être très cash, totalement « perchées » 🙂
Je dirais que ma force pour embarquer les entreprises réside dans ce que j’aime appeler mon bilinguisme : issue d’une grande école de commerce avec plus de dix ans dans l’entrepreneuriat, je sais « parler tête » et comprendre les enjeux business.
Mon rôle est de faire le pont entre ce monde rationnel et la puissance des pratiques somatiques. Je veux rassurer les organisations en ancrant mon intervention dans leurs besoins concrets — qu’il s’agisse de besoins RH (fidélisation, bien-être, performance durable) ou de besoins stratégiques (incarner une mission, piloter une transformation).
L’idée n’est pas de « danser nus avec des fleurs dans les cheveux », mais bien d’apporter une forme d’intelligence supplémentaire, une écologie du vivant, au service de l’efficacité et de la vision de l’entreprise.
Si tu observes les transformations du travail aujourd’hui, penses-tu que cette (re)connection au corps va devenir un enjeu stratégique pour les organisations de demain ?
Oui je suis convaincue que la reconnexion au corps ne sera plus une option, mais un impératif stratégique.
D’abord parce que c’est une réponse vitale à la santé mentale et au burn-out : considérer le salarié comme un être entier — corps, esprit, émotions — est la clé d’une performance durable.
Ensuite parce que face à la fragmentation du travail (freelancing, turn-over), le corps permet de « refaire corps » avec le collectif en recréant un sentiment d’appartenance physique et tangible.
Plus largement, pour les entreprises qui visent une transformation écologique, se reconnecter à son propre corps, à ce qu’il y a de vivant en soi est le premier pas indispensable pour se reconnecter au vivant autour de soi, et incarner réellement sa posture.
Enfin, à l’heure de l’intelligence artificielle, l’intelligence sensible et corporelle devient notre ultime axe de différenciation : c’est là que réside notre créativité et notre humanité profonde. Cultiver cette dimension, c’est préparer les organisations à être non seulement plus responsables, mais aussi plus résilientes.
Tu interviendras prochainement sur la scène du Bliss Show ❤️, un événement qui rassemble des femmes autour de récits puissants sur le corps, la maternité et les trajectoires de vie.
Peux-tu nous raconter ce que représente pour toi cette prise de parole sur scène et ce que tu souhaites transmettre à travers ce moment ?
Ma prise de parole au Bliss Show est le point de rencontre entre mon histoire personnelle et ma mission professionnelle. La maternité a été pour moi la révélation de l’incroyable puissance du corps des femmes.
Mais j’ai eu la tristesse de constater pendant cette période que la grossesse et l’accouchement sont devenus le miroir de notre société : des moments ultra-médicalisés, normés et intellectualisés, où l’on prépare « sa tête » au détriment du ressenti.
Sans aucun dogmatisme et dans le respect du parcours de chacune, mon message est une invitation à se reconnecter à cette puissance physiologique. En France, on pense avoir le choix, mais la norme est si forte (maternité, péridurale etc.) qu’elle occulte souvent notre capacité à faire confiance à notre corps.
J’ai l’espoir, par mon intervention, de redonner cette confiance et d’honorer cette force corporelle, que ce soit à l’hôpital, en maison de naissance ou chez soi, pour que chaque femme puisse redevenir actrice de son accouchement.
Le mot de la fin …
Si tu devais laisser un message aux dirigeants et DRH qui nous lisent, quel premier pas simple recommanderais-tu pour remettre le corps au cœur du travail ?
Me contacter ! 🙂 et puis tout simplement être assez audacieux et curieux pour en faire l’expérience eux-mêmes, et ainsi se rendre compte de la puissance que cela peut produire !
Merci encore pour ton temps, Adèle !
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