Tests de recrutement : et si vous passiez à côté du vrai potentiel des candidat·e·s ? Rencontre avec DeePsy

Et si les tests de recrutement que vous utilisez vous donnaient une image fausse de vos candidat(e)s ?

C’est le constat qui est au cœur du projet DeePsy. 

Questionnaires classiques, tests de personnalité standardisés, mises en situation préparées à l’avance… Les outils traditionnels d’évaluation ont un point commun : ils laissent parfois au candidat(e) la possibilité de répondre ce qu’il/elle pense être attendu. 

Résultat encore trop souvent : des biais, des profils “lissés”, et parfois des erreurs de recrutement coûteuses.

DeePsy propose une approche radicalement différente. 

En s’appuyant sur la psychologie cognitive et une méthodologie dite « indirecte », la startup a développé des outils d’évaluation sous forme de jeux interactifs, capables de mesurer les traits de personnalité et les soft skills de façon spontanée, sans que le/la candidat(e) puisse anticiper ou biaiser ses réponses.

Derrière ce projet, Evan Adeny, psychologue du travail de formation, qui a eu le déclic en 2019 lors d’une expérience en laboratoire de recherche, en découvrant des outils de mesure psychologique peu connus du grand public. 

Evan, nous sommes ravies de te rencontrer 🙂

Merci de te prêter au jeu des questions/réponses !

Tu es le fondateur de DeePsy. Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a amené à créer cette aventure ? Sur quel constat es-tu parti ?

Je suis issu d’une formation en psychologie du travail et j’ai toujours été passionné par la compréhension du comportement humain, la recherche scientifique et l’innovation. Très tôt, j’ai eu envie d’évoluer à la croisée du monde académique et de celui de l’entreprise. Pendant mon master, j’ai travaillé comme assistant de recherche dans un laboratoire, tout en occupant pendant deux ans un poste à la SNCF, sur un site industriel, où j’étais en charge de l’analyse et de la prévention des risques psychosociaux.

À cette époque, j’ai beaucoup travaillé sur les questionnaires utilisés en entreprise et j’ai fait un constat assez simple : même lorsqu’ils sont scientifiquement validés, ces outils restent sensibles à plusieurs biais. Les personnes ne savent pas toujours quoi répondre, n’ont pas forcément envie de tout dire ou ne sont tout simplement pas capables de verbaliser certains aspects d’elles-mêmes.

C’est ce constat qui m’a donné envie de créer DeePsy. Mon objectif était de proposer une approche plus innovante, mais toujours fondée sur la science (basé sur près de 30 ans de recherche!) afin de mieux comprendre les individus. Aujourd’hui encore, ce qui me passionne, c’est justement cette rencontre entre la psychologie, les nouvelles technologies et la recherche scientifique, avec l’ambition de développer des outils utiles et ayant un impact concret pour les personnes et les entreprises!

DeePsy propose des tests psychologiques, mais pas comme les autres. Quelle est la grande différence entre votre approche et les outils traditionnels du marché ? Pourquoi, selon toi, la méthode « indirecte » change-t-elle tout ?

La grande différence, c’est la méthodologie. Les outils traditionnels reposent sur des questionnaires auto-déclaratifs : on demande aux personnes de se décrire elles-mêmes, souvent par rapport à des affirmations.

Cette approche a évidemment son intérêt, mais elle reste sensible à des biais comme la désirabilité sociale ou simplement la difficulté que nous avons parfois à nous décrire avec précision.

Avec les méthodes indirectes, on change complètement de paradigme. Au lieu de demander aux individus ce qu’ils pensent d’eux-mêmes, on s’intéresse davantage à leurs associations mentales et à leurs réponses spontanées. L’objectif est de capter des mécanismes plus automatiques, moins conscients et donc plus difficiles à manipuler. On obtient ainsi des mesures qui peuvent être plus proches du fonctionnement réel des individus et complémentaires aux approches plus traditionnelles.

Comment fonctionne un DeePsy ? À quoi ressemble l’expérience côté candidat et côté recruteur ?

L’interface DeePsy se présente comme une expérience interactive et immersive, relativement rapide puisqu’une évaluation dure en moyenne entre 5 et 7 minutes. Des mots et différents concepts apparaissent à l’écran, et le candidat doit les classer le plus spontanément possible à l’aide de différentes touches du clavier.

Pour les candidats, l’expérience est souvent surprenante au premier abord, mais les retours sont généralement très positifs. Elle est perçue comme plus ludique, plus engageante et moins fastidieuse qu’un questionnaire classique.

Du côté des recruteurs, l’intérêt est de disposer d’un regard complémentaire. On obtient souvent des résultats moins « lisses », qui peuvent apporter des informations intéressantes lorsqu’ils sont confrontés à des méthodes plus traditionnelles.

À qui vous adressez-vous ? Quels sont vos clients types et que vous disent-ils après avoir utilisé DeePsy ?

Nous travaillons principalement avec des entreprises du secteur tertiaire. Cela va de start-up / scale-up innovantes jusqu’à des cabinets de recrutement ou des acteurs publics comme France Travail.

Nous développons des outils adaptés aux besoins de chaque organisation, aussi bien pour le recrutement que pour la prévention des risques psychosociaux.

Ce que nos clients apprécient le plus, c’est d’avoir une approche différente et complémentaire aux outils habituels. Ils nous disent souvent que les résultats leur paraissent plus nuancés et qu’ils retrouvent davantage ce qu’ils observent concrètement sur le terrain.

DeePsy couvre plusieurs usages : recrutement, développement des compétences, prévention en santé mentale. Comment ces trois dimensions se rejoignent-elles dans votre vision ?

Pour nous, ces 3 dimensions sont finalement très liées. Notre conviction, c’est qu’il ne faut pas opposer performance et bien-être, mais au contraire les considérer comme deux faces d’une même pièce.

Tout commence dès le recrutement, avec l’identification des talents et des potentiels. Ensuite, il s’agit d’accompagner les collaborateurs dans leur développement, puis de favoriser leur épanouissement et de prévenir les risques psychosociaux / l’épuisement professionnel dans certains cas.

Au fond, notre vision est de pouvoir accompagner les individus tout au long de leur vie professionnelle. Mieux comprendre l’humain, c’est permettre aux organisations de mieux recruter, de mieux développer les compétences et de créer des environnements de travail plus sains et plus durables.

Tu mènes actuellement une étude, dont les résultats paraîtront à la rentrée. Peux-tu nous en dire un peu plus ? Quelles hypothèses explorez-vous ?

Oui ! Il s’agit d’une étude menée auprès de près de 300 participants, en collaboration avec le département d’économie de l’Université Côte d’Azur (GREDEG-CNRS). C’est d’ailleurs une approche volontairement pluridisciplinaire, à la croisée de la psychologie et de l’économie, notamment parce que nous voulions nous rapprocher au maximum des conditions réelles d’un recrutement.

L’objectif est de comparer les questionnaires traditionnels du marché avec les outils développés par DeePsy, en nous intéressant notamment à leur résistance aux tentatives de manipulation ainsi qu’à leur capacité à prédire certains comportements ou traits de personnalité.

Pour cela, nous avons introduit une incitation financière afin d’encourager les participants à orienter leurs réponses. L’idée est assez proche de ce qui se passe dans un contexte de recrutement : lorsqu’un emploi est en jeu, il existe naturellement une forme d’incitation à se présenter sous son meilleur jour.

L’une de nos hypothèses est que les méthodes indirectes sont moins sensibles à ce phénomène. Les premiers résultats vont d’ailleurs dans ce sens. Nous observons également que, pour certains traits comme la conscience professionnelle, les outils DeePsy semblent présenter une meilleure validité prédictive que des approches plus traditionnelles.

DeePsy, c’est combien de personnes aujourd’hui ? Où êtes-vous basés ? Qu’est-ce qui vous passionne et donne envie de vous lever le matin ?

Aujourd’hui DeePsy c’est 2 associés. Mon collègue Amin s’occupe principalement du développement informatique et des aspects liés à l’intelligence artificielle. Quant à moi, je suis en charge de la partie produit, de l’admin, et du développement commercial.

Nous sommes basés à Sophia Antipolis, un écosystème particulièrement dynamique en matière d’innovation.

Ce qui nous anime au quotidien, c’est avant tout une passion commune pour les nouvelles technologies, la psychologie, et la recherche scientifique. On aime comprendre comment fonctionnent les individus, repousser les limites de la connaissance et transformer les avancées scientifiques en solutions concrètes qui peuvent avoir un impact positif sur la vie des personnes et des organisations.

Un conseil à donner aux recruteurs(euses) qui nous lisent ?

Je leur conseillerais de s’intéresser le plus possible à la littérature scientifique sur le recrutement. Beaucoup de pratiques reposent encore sur l’intuition, alors que l’on connaît aujourd’hui assez bien les méthodes qui permettent d’améliorer la qualité des décisions.

Et s’il y avait un conseil à retenir, ce serait probablement celui-ci : structurez vos entretiens. Les entretiens structurés font partie des outils les plus robustes pour réduire les biais et améliorer la validité des recrutements.

Il n’existe pas d’outil miracle. Ce sont généralement les approches complémentaires qui permettent de prendre les meilleures décisions !

Merci Evan !

 

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